Qu’est-ce qu’un enfant-roi ?

L’enfant-roi, selon Jean-Marie Ledain, psychologue scolaire, est un enfant égocentrique, qui revendique et se plaint constamment, refuse d’aider, a besoin de capter l’attention et de se faire remarquer, est intolérant aux frustrations, est agressif et manque de socialisation.
Des compléments à sa définition indiquent que l’enfant-roi est perçu comme le centre de sa famille, qu’il n’a ni limite ni devoir, qu’il est très individualiste et considéré trop tôt comme un adulte à qui on réalise tous les désirs. L’enfant-roi n’est pas inné. Malgré qu’il soit un tyran, l’enfant devenu roi est un enfant qui est avant tout victime d’actes de société mais aussi de l’éducation de ses parents.

Société, éducation, et place de l’enfant dans la famille

L’éducation bienveillante/positive est, depuis maintenant de nombreuses années, le mode d’éducation en vogue et employé par de nombreuses familles. Ce mode d’éducation repose sur l’empathie, l’écoute et la compréhension des besoins fondamentaux de l’enfant (Catherine Gueguen). L’éducation bienveillante a été parfois mal interprétée par certains parents entrainant une éducation laxiste donnant lieu à des environnements sans règles pour l’enfant.
La société contemporaine fait place à l’individualisation qui prime l’épanouissement de chaque individu ainsi qu’à la reconnaissance de l’enfant comme personne et donc comme sujet. L’émergence des droits de l’enfant par la convention internationale des droits de l’enfant a aussi permis à l’enfant d’avoir une place encore plus centrale.
Tous ces facteurs rendent aujourd’hui l’éducation plus complexe puisqu’elle est beaucoup plus bridée qu’à une autre époque. Des spécialistes en psychologie remarquent que de nombreux parents sont perdus dans leur recherche de bons repères éducatifs.
François de Singly, sociologue, avance une théorie sur les enfants-roi comme des « Enfants qui sont rois comme sont rois tous les individus de la modernité ».

L’épanouissement et le bonheur de l’enfant ne passent pas forcément par le désir immédiat

Les dogmes de la société contemporaine en matière d’éducation sont de perpétuer la tradition familiale, tout en intégrant le concept de « démocratie familiale ». Ce concept de démocratie familiale ouvre la porte à la négociation, au dialogue entre les parents et l’enfant. Si elle est mal interprétée ou mal intégrée, la démocratie familiale peut amener le parent à oublier qu’il a une position éducative à garder vis-à-vis de son enfant. Les conséquences de cette mauvaise interprétation sont que l’enfant va se sentir égal à ses parents en termes de devoirs. Il va donc se sentir libre de faire ce qu’il veut et pourrait même prendre le dessus sur l’autorité parentale. L’épanouissement et le bonheur de l’enfant ne passent pas forcément par la satisfaction immédiate du désir, mais surtout par une construction sociale sur le long terme.

Il est important de noter que cette façon de placer l’enfant dans la société et dans la famille ont permis de nombreux progrès en termes de développement et d’éveil du jeune enfant.

L’enfant-roi : un enfant en souffrance

Didier Pleux, docteur en psychologie du développement parle de l’enfant-roi comme « une victime d’un amour démesuré ». Il a constaté que les parents survalorisent la personnalité de leur enfant allant jusqu’à mettre à défaut leur figure d’autorité. Aline Frossard qui est psychologue clinicienne met un point d’honneur sur la période de l’enfant entre 2 et 5 ans. Qualifiée de période de « pensées magiques », l’enfant a beaucoup de caprices et pense que tout ce qu’il désire, il l’aura. Elle indique que la notion de « principe de plaisir » portée par Freud est directement liée à cette période de l’enfance. Finalement, l’enfant-roi souffre inconsciemment d’une éducation qui n’a pas été adaptée à sa personnalité.