Les émotions sont difficiles à gérer. L’apprentissage de leur gestion est également complexe. Le jeune enfant passe par beaucoup de moments d’émotions intenses, et cela parce qu’il découvre le monde extérieur pour la première fois. Les parents et professionnels de la petite enfance ont un grand rôle à jouer dans l’apprentissage des émotions et dans leur gestion.

Qu’est-ce qu’une émotion ? À quoi sert-elle ?

Les émotions servent à plusieurs fins, dont les principales sont :

  • L’adaptation : les émotions nous aident à réagir aux situations qui nous entourent, notamment en nous préparant à la lutte, à la fuite ou à la paralysie. Par exemple, la peur nous prépare à fuir un danger, tandis que la colère nous prépare à nous défendre ;
  • L’affiliation : les émotions nous permettent de nous connecter aux autres et de créer des relations sociales. Par exemple, la joie nous permet de partager des moments agréables avec les autres, tandis que la tristesse nous permet de demander de l’aide et du soutien ;
  • La communication : les émotions sont un moyen de communiquer avec les autres. Par exemple, le rire et le sourire sont des expressions de joie, tandis que les larmes sont des expressions de tristesse ;
  • La connaissance de soi : les émotions nous renseignent sur notre état intérieur. Par exemple, la colère nous indique que nous sommes frustrés ou contrariés, tandis que la tristesse nous indique que nous sommes déçus ou malheureux.

Selon le psychologue américain Paul Ekman, le spectre des émotions se développe autour de 6 émotions primaires/universelles :

  • La joie ;
  • La tristesse ;
  • La colère ;
  • La peur ;
  • Le dégoût ;
  • La surprise.

Cette théorie est enrichie par celle de Robert Plutchik, professeur et psychologue américain, qui indique, qu’en plus de ces 6 émotions, la confiance et l’anticipation seraient aussi des émotions primaires.
Comme pour les couleurs (jaune, bleu et rouge), les émotions peuvent se mélanger et découler sur des émotions secondaires voire tertiaires.

Emotions

La roue des émotions selon Robert Plutchik

L’apprentissage des émotions chez le jeune enfant

Bien qu’il ne parle pas encore, le jeune enfant ressent déjà les émotions. Il reconnait les différentes émotions par lesquelles passent un adulte : joie, colère, tristesse, peur etc.
Cependant, bien qu’il ressente déjà beaucoup de choses, le jeune enfant est freiné par son manque de connaissances. En effet, un enfant n’arrive pas à comprendre comment fonctionne ses émotions, c’est pour cela qu’il les exprime souvent de manière « démesurée ». Il doit donc apprendre à nommer ses sentiments. Cela va lui permettre de devenir moins susceptible et de mieux communiquer avec ses proches.

Le meilleur atout dans l’apprentissage des émotions chez le jeune enfant, c’est la communication. Communiquer et verbaliser vos émotions va permettre à votre enfant d’apprendre à gérer les siennes sainement. Il ne s’agit pas de ne parler que des émotions positives, mais aussi communiquer avec lui vos émotions négatives et lui expliquer comment vous allez les gérer de manière raisonnable.

Durant ses premières années de vie, le jeune enfant va afficher des signes de détresse émotionnelles. Ces signes de détresse sont normaux puisqu’il ressent toutes ses émotions avec une très grande intensité. Ces signes seront souvent liés à un incident : il se fait mal, il est malade, il se sent seul, il a faim etc. Il est important pour un parent de répondre immédiatement à ces signes de détresse puisque cela va forger un lien solide entre lui et l’enfant. D’après des études, un jeune enfant à qui le parent répond immédiatement va avoir tendance à moins pleurer par rapport à une relation avec un parent plus passif dans la communication.

La communication par les émotions

Dépourvu de langage durant ses premières années de vie, le jeune enfant va d’abord exprimer ses besoins par ses émotions. Cela peut donc être une expression par un pleur, un cri ou encore une expression physique : pointer du doigt etc. De nombreux signaux envoyés par un bébé sont relatifs à un besoin particulier, mais ces signaux ne sont pas tout le temps les mêmes pour chacun puisque chaque enfant est unique. Pleurer est souvent un moyen pour exprimer un inconfort, de la fatigue ou encore de la faim. Les cris peuvent indiquer de l’excitation, de la joie ou encore une envie de jouer. De nombreux autres signaux existent, mais le plus important, c’est de communiquer spontanément avec son enfant pour essayer de comprendre continuellement ses besoins et ses façons de les exprimer.

Le système pare-excitation parental

Selon une étude de Freud, Winnicott, Bion et Anzieu, le concept de pare-excitation parental se réfère à la fonction psychique des parents, en particulier de la mère, dans la régulation des excitations de leur bébé. Il agit comme un filtre des excitations provenant du monde extérieur, protégeant ainsi le bébé contre un excès d’excitation. Ce système est essentiel pour le développement psychosomatique du bébé, car il lui permet de traiter les excitations dont il est la cible. La défaillance du système pare-excitation peut conduire à un surplus d’excitation chez le bébé, se manifestant par une expression somatique (=expression par des symptômes physiques de phénomènes mentaux). Les leviers d’activation de ce système sont liés aux interactions précoces entre les parents et le bébé, ainsi qu’aux caractéristiques individuelles des enfants et des parents. La défaillance du système pare-excitation peut résulter de divers facteurs tels que l’expérience de la grossesse, l’accouchement, la rencontre avec le bébé, ou encore des troubles majeurs tels que la dépression et l’anxiété post-natales. Le bébé, étant dépourvu d’un appareil psychique organisé à la naissance, a besoin que les parents régulent et filtrent les excitations auxquelles il est exposé. La mère joue donc un rôle crucial dans la protection du bébé contre un excès d’excitation provenant du monde extérieur.

Le rôle des EAJE dans le développement émotionnel du jeune enfant

Les professionnels de la petite enfance vont comprendre les émotions du jeune enfant et sa façon de s’exprimer. Ils vont accompagner l’enfant vers l’autonomie de sa vie émotionnelle et vers ce qu’on appelle une intelligence émotionnelle intrapersonnelle (=permet de réguler et d’exprimer des émotions de manière appropriée et modérée). Bien que les 1000 premiers jours de vie du jeune enfant soient primordiaux pour la construction de son identité et de sa gestion de ses émotions, le développement émotionnel de l’enfant en tant que personne ne peut être achevé durant ses 3 premières années de vie. Les professionnels de la petite enfance établissent des bases solides avec les parents pour que l’enfant puisse continuer à développer son intelligence émotionnelle intrapersonnelle quand il passera en école maternelle puis primaire.

Finalement, le besoin primaire du jeune enfant dans son développement émotionnel est de créer une dyade stable et positive avec chacun de ses 2 parents. Ce partenariat est indispensable pour que le jeune enfant puisse se construire une identité émotionnelle singulière et durable. Sa présence dans un établissement d’accueil de jeunes enfants tel qu’une micro-crèche va permettre de créer des liens sociaux autres que ceux avec les membres de sa famille, accélérant ainsi le processus de régulation et d’expression de ses émotions avec autrui.